Au nom du Père
Location: Ecuador
Project Date: Mar 19, 2024
Caption:
"Au nom du Père" - Les racines du Patriarcat
(cliquer sur l'icône "Info" pour lire le projet complet)
Le grand-père, le père, le petit-fils: ils partagent et perpétuent un même prénom. « Au nom du Père » est une série de photographies, en noir et blanc, sur cette tradition et cet héritage particulier en Equateur : transmettre le prénom du père à son fils, de génération en génération.
Size: h x w
Caption:
José, José, José - Charapotó, Equateur
Size: 1307h x 1920w
Caption:
Julio, Julio, Julio - Tumbaco, Equateur
Size: 1222h x 1920w
Caption:
Beder, Beder, Beder - Portoviejo, Equateur
Size: 1280h x 1920w
Caption:
Byron, Byron, Byron - Jipijapa, Equateur
Size: 1280h x 1920w
Caption:
Carlos, Carlos, Carlos - Guayaquil, Equateur
Size: 1213h x 1920w
Caption:
Belffort, Belffort, Belffort - San Jacinto, Equateur
Size: 1277h x 1920w
Caption:
Juan, Juan, Juan - San Clemente, Equateur
Size: 1250h x 1920w
Caption:
Ernesto, Ernesto, Ernesto, Ernesto - Quito, Equateur
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Galo, Galo, Galo - Cuenca, Equateur
Size: 1356h x 1920w
Caption:
Hector, Hector, Hector - Jipijapa, Equateur
Size: 1233h x 1920w
Caption:
Jorge, Jorge, Jorge - Loja, Equateur
Size: 1282h x 1920w
Caption:
José, José, José - Rocafuerte, Equateur
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Juan, Juan, Juan - Guayaquil, Equateur
Size: 1369h x 1920w
Caption:
Juan, Juan, Juan - Portoviejo, Equateur
Size: 1314h x 1920w
Caption:
Leonel, Leonel, Leonel - Loja, Equateur
Size: 1278h x 1920w
Caption:
Mauricio, Mauricio, Mauricio - Quito, Equateur
Size: 1262h x 1920w
Caption:
Miguel, Miguel, Miguel - Puerto López, Equateur
Size: 1219h x 1920w
Caption:
Nelson, Nelson, Nelson - Quito, Equateur
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Stalin, Stalin, Stalin - Esmeraldas, Equateur
Size: 1280h x 1920w
Caption:
Victor, Victor, Victor - Portoviejo, Equateur
Size: 1280h x 1920w
Caption:
Alfredo, Alfredo, Alfredo - Cuenca
Size: 1296h x 1920w
Caption:
Angel, Angel, Angel - Portoviejo
Size: 1280h x 1920w
Caption:
Carlos, Carlos, Carlos - Cuenca
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Carlos, Carlos, Carlos - Cuenca
Size: 1317h x 1920w
Caption:
Carlos, Carlos, Carlos - Loja
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Carlos, Carlos, Carlos - Portoviejo
Size: 1280h x 1920w
Caption:
Carlos, Carlos, Carlos - Quito
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Carlos, Carlos, Carlos - Valle de los Chillos
Size: 1201h x 1920w
Caption:
Francisco, Francisco, Francisco - Quito
Size: 1241h x 1920w
Caption:
Galo, Galo, Galo, Galo - Manta
Size: 1280h x 1920w
Caption:
Jorge, Jorge, Jorge - Charapotó
Size: 1345h x 1920w
Caption:
José, José, José - Lumbisí
Size: 1282h x 1920w
Caption:
José, José, José - Quito
Size: 1275h x 1920w
Caption:
José, José, José - Quito
Size: 1284h x 1920w
Caption:
Juan, Juan, Juan - Quito
Size: 1227h x 1920w
Caption:
Luis, Luis, Luis - Archidona
Size: 1280h x 1920w
Caption:
Luis, Luis, Luis - Charapotó
Size: 1323h x 1920w
Caption:
Luis, Luis, Luis - Ibarra
Size: 1129h x 1920w
Caption:
Luis, Luis, Luis - Puerto Villamil, Isla Isabela
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Marcelo, Marcelo, Marcelo - Cuenca
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Marco, Marco, Marco - Quito
Size: 1245h x 1920w
Caption:
Marcos, Marcos, Marcos - Portoviejo
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Max, Max, Max - Cuenca
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Miguel, Miguel, Miguel - Jipijapa
Size: 1257h x 1920w
Caption:
Raúl, Raúl, Raúl - Quito
Size: 1282h x 1920w
Caption:
Vicente, Vicente, Vicente - Portoviejo
Size: 1253h x 1920w
Summary
"Au nom du Père" explore en Equateur une tradition particulière : la transmission du prénom paternel de génération en génération. Aux quatre coins de l’Equateur et au sein de toutes les strates sociales, j’ai photographié plusieurs dizaines de familles, toujours dans leur salon. A chaque fois : le grand-père, le
père et le petit-fils (parfois l'arrière-petit-fils). J'ai souhaité interroger le poids du patriarcat et les structures familiales à travers le prisme d’une tradition intime et universelle, où les femmes restent en marge.
Project Text
Au nom du Père.
Les racines du patriarcat.
"Au nom du Père" explore en Equateur une tradition particulière : la transmission du prénom paternel de génération en génération. Aux quatre coins de l’Equateur et au sein de toutes les strates sociales, j’ai photographié plusieurs dizaines de familles, toujours dans leur salon. A chaque fois : le grand-père, le père et le petit-fils (parfois l'arrière-petit-fils). J'ai souhaité interroger le poids du patriarcat et les structures familiales à travers le prisme d’une tradition intime et universelle, où les femmes restent en marge.
Je m’intéresse aux traditions et aux structures sociales qui façonnent nos existences, aux non-dits et aux hors-champs qui définissent nos sociétés. Avec "Au nom du Père", je me suis immergé dans une tradition équatorienne qui résonne au-delà des frontières : la transmission du prénom paternel. En photographiant ces familles dans leur salon, j’ai voulu capturer l’intimité de ces "dynasties populaires" et questionner la place de chacun dans ce cercle familial en apparence immuable.
Le noir et blanc dans « Au nom du Père » : il vise à minimiser les distractions visuelles et renforcer l’effet de répétition, en recherchant presque un certain ennui. Ce choix esthétique cherche à accentuer une monotonie voulue, évoquant l’immuabilité de ces structures patriarcales, où tout semble figé dans le temps. Le noir et blanc aide à accentuer la sensation que derrière les nombreuses différences, on regarde toujours une seule et même photographie, une seule et même famille. Une seule et même trinité. La nôtre ? La mienne ?
Toutes les photos sont prises dans un même lieu : le salon familial. Il s'agit d'un lieu paradoxal. Il représente, d’une certaine façon, le lieu public au sein d’un lieu privé. On y reçoit, en effet, les gens qui nous rendent visite, et on y place souvent soigneusement, dans un ordre choisi et pensé, ce que l’on souhaite montrer. C’est le lieu où l’on se révèle et où l’on se montre. Chaque détail – du tableau accroché au mur aux trophées exposés – porte une charge symbolique. Les hommes sont les figures centrales, assurant la continuité familiale, tandis que les femmes sont omniprésentes par leur absence. Ce décalage renforce le questionnement central : que révèle cet héritage sur notre humanité et ses rapports de pouvoir ?
Les familles photographiées sont d’une certaine façon co-autrices de leur photographie : dans ce cadre rigide que marque le lieu, les familles ont toutes eu la même liberté, qui est aussi la même obligation : celle de décider ensemble comment se positionner les uns par rapport aux autres, et comment s’habiller, devenant ainsi les véritables acteurs de leur photographie, les metteurs en scènes qui révèlent la modalité selon laquelle ils veulent se montrer, et ce que, in fine, ils souhaitent donner à voir. Qui au centre ? Debout ou assis ? En costume ou en t- shirt? Quelles distances physiques et symboliques ? Quels gestes porteurs de sens ? Quelles expressions ?
Au-delà des frontières de l’Équateur, cette série résonne universellement. Elle questionne le poids du patriarcat dans nos sociétés, les attentes genrées et les liens complexes entre tradition et modernité. "Au nom du Père" est une question autour de nos héritages invisibles qui continuent de façonner nos identités et nos relations. En réalisant ces portraits, j’ai découvert bien plus qu’une tradition équatorienne : un reflet des structures fondamentales de nos sociétés humaines, où le pouvoir, le genre et l’identité se croisent et s’affirment, souvent au détriment de celles qu’on ne voit pas.
Cette série de photos utilise le cas local et spécifique de l'Équateur pour révéler un mécanisme global : en documentant cette tradition équatorienne, ce n'est pas seulement une particularité culturelle locale que je cherche à révéler. C'est comme une métaphore des structures patriarcales qui, partout, s'immiscent et se cachent dans des détails souvent invisibles et insignifiants - comme la répétition des prénoms dans ce cas.
Je voulais montrer des hommes ensemble, des trinités presque divines, je voulais montrer le pouvoir masculin, la transmission de ce pouvoir masculin, je voulais montrer ce pouvoir transversal à toutes les classes sociales et toutes les régions. Je voulais montrer un pouvoir absolu. Et les femmes en sont malheureusement exclues. Hors-champs. Je voulais montrer l'omniprésence masculine pour mieux souligner l'invisibilité féminine. C'est une série sur le pouvoir, ses racines. Le pouvoir des hommes dans son organisation sociale, qui exclut les femmes, pour commencer depuis la famille elle-même.
En Équateur, comme pratiquement partout dans le monde maintenant, l'Histoire et le machisme ont effacé les femmes. Le machisme a donc naturellement effacé les femmes de ces images et je voulais travailler sur ce hors-champs, sur cette criante invisibilité, cette silenciation. L'espace domestique offre en même temps un paradoxe à ces photos: les femmes en sont physiquement absentes et pourtant elles conditionnent l'existence même de ces photos; ce sont en effet probablement elles qui ont décoré ces intérieurs et habillé ces hommes; ce sont elles qui ont enfanté et pourtant on ne les montre pas. Je me souviens de ce père qui me disait : "ce qui est important c'est le sceau du leader, c'est l'homme, le Père". Il y a une grande violence dans cette vision qui nous dit que ce qui compte c'est le masculin. Cela résonne évidemment énormément chaque jour dans l'actualité, comme quand par exemple Mark Zuckerberg, le patron de Méta, défend "l'énergie masculine" en décretant en 2025 que "une culture qui fait un peu plus de place à l’agressivité a ses mérites ».
Ces images sont en bout de course un questionnement, elles nous confrontent à la tradition, à cette tradition en particulier mais à toutes les traditions en général. Que disent-elles de nos sociétés ? Quelle place les femmes y ont elles ? Et on fait quoi de tout ça aujourd'hui ? Plusieurs fils de différentes familles photographiées me disaient : "je veux être comme papa". Je pense aujourd'hui à Mel Gibson qui vient de déclarer il y a quelques semaines à propos de la visite de Donald Trump à Los Angeles: "Je suis heureux que Trump soit ici en ce moment, c'est comme si papa était arrivé et retirait sa ceinture (pour donner des coups), vous voyez? » (Hannity show). Individuellement, dans la cellule familiale, comme collectivement, au niveau de la société, ce sont toujours les mêmes questions autour des traditions : on marche dans les traces de papa ou alors on "tue le père" selon le concept figuré freudier ?
———————————————————————————————
« Les photographies ont un cadrage ouvert qui permet de parcourir plus de quarante micro-mondes, tous arrangés, figés et chargés de sens. Passant d’un univers à l’autre, nous voyageons entre des regards qui nous interpellent par leur sérieux ou leur sourire. Chaque groupe est en accord avec son espace qui se transforme en une extension de l’affect, de la coexistence. Je parcours chaque détail des salons et des salles à manger ; les cadres, les décorations, le linge étendu, le hamac, les grands fauteuils, le sol reluisant ou en ciment. Je chemine dans les regards, les tenues, les proximités et les distances. Je me trouve dans ces maisons et je suis envahie par la trace de l’invisible, par ce qui manque, par ce dont l’absence est la plus criante : nous, les femmes. »
- Martina León, photographe équatorienne, sur "Au nom du Père ».
———————————————————————————————